3 janvier 2014

Film : Mars Attacks !

Mars Attacks ! (1997)

Réalisateur : Tim Burton
Genre : Science-Fiction

Synopsis :

L'arrivée d'une flotte de soucoupes volantes sur Terre met en émoi le gouvernement Américain et sa population.



Biberonné aux doubles-features et aux films d'horreur et de science-fiction des années 50, Tim Burton a toujours eu coeur de porter à l'écran son amour pour le cinéma de genre. Dans l'effervescence de cette passion, cet esprit fantasque s'est très vite placé en parallèle du cinéma classique et de la culture institutionnalisée. Il a construit son propre univers, dans lequel il a fait tourner certaines de ses idoles (Vincent Price, Christopher Lee, Martin Landau), et honoré la mémoire des réalisateurs de secondes zones dont il célèbre la créativité. C'est dans cette état d'esprit qu'il réalisa, en 1994, un biopic autour d'Ed Wood, artiste passionné par l'exercice de son art et metteur en scène raté, devenu pour les critiques l’incarnation de ce que le septième art pouvait faire de pire - lui attribuant le doux titre de "pire réalisateur de l’histoire du cinéma". Encore sous l’emprise de cette personnalité hors du commun, Tim Burton réalise deux ans plus tard l'énorme Mars Attacks !, film de science-fiction qui deviendra son Plan 9 From Outer Space. Pendant toute la durée de la production, le cinéaste s'est "laissé hanter par l'esprit d'Ed Wood", au point de devenir aussi incompris que son modèle. Ce nouvel exercice, qui réunit pourtant un casting intimidant (Jack Nicholson, Glenn Close, Pierce Brosnan, Danny DeVito, Michael J. Fox), avait tout pour devenir un immense succès. Malheureusement, une majorité de spectateurs y-a vu une oeuvre profondément débile et ridicule - ce qu’il est, si on se contente de le lire uniquement au premier dégrée. Or, Mars Attacks ! est loin de s’enfermer dans un seul niveau de lecture, mais en développe une quantité d’autres. "J'ai choisi le cinéma parce qu'il offre différents niveaux de compréhension au spectateur" confesse le réalisateur à l'issue de la promotion française. Esthétique rebondie, couleurs marquées, design rétro-futuriste, la conception artistique à elle seule est une vibrante déclaration d’amour aux films de série B, pastichant les recettes avec une révérence peu commune pour le genre. Cependant, Tim Burton n'en s'arrête pas là, et y ajoute le portrait grinçant d’une Amérique extrémiste et pleine de contradictions. Rarement le cinéaste se sera montré aussi cruel au cours de sa carrière. Il prend ici un malin plaisir à maltraiter les personnages et leurs idéologies, à briser le rêve américain et à dynamiter ses symboles avec une énergie comique et musicale sans commune mesure avec ses autres réalisations. Un discours corrosif et particulièrement incorrecte qui est sans doute à l'origine du désaveu du public américain. Mais pour nous, européens, qui critiquons tant le patriotisme bas du front de nos amis d'outre-atlantique, ce feu d'artifices orchestré par Tim Burton nous émerveille, et on se prend encore aujourd'hui à rire, à gorge déployée, des codes qu'il se plaît tant à faire sauter. (5/5)



Mars Attacks ! (États-Unis, 1996). Durée : 1h46. Réalisation : Tim Burton. Scénario : Jonathan Gems. Image : Peter Suschitzky. Montage : Chris Lebenzon. Musique : Danny Elfman. Distribution : Jack Nicholson (le président des États-Unis James Dale / Art Land), Glenn Close (Marsha Dale), Pierce Brosnan (le professeur Donald Kessler), Annette Bening (Barbara Land), Jim Brown (Byron Williams), Lukas Hass (Richie Norris), Nathalie Portman (Taffy Dale), Danny DeVito (Rude Gambler), Rod Steiger (le général Decker).

15 commentaires:

  1. Irrésistible ! Ma réplique favorite (Glenn Close) : Faut leur péter la gueule !

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    1. C'est une réplique que l'on a du mal à oublier :)

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  2. Un jeu de massacre assez jubilatoire, en effet.

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    1. Je trouve que c'est le film dans lequel Tim Burton se lâche le plus.

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  3. un classique "burtonien", par contre, ce n'est pas plan 6 from outer space, mais plan 9 from outer space, un nanar hautement recommandable, tout comme son biopic sur Ed Wood.

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  4. Personnellement je suis loin d'être aussi enthousiaste que toi, mais ton excellente critique me fait réaliser cette continuité avec le précédent ED WOOD de Burton, il faudrait que je revois ce Mars Attacks sous cet angle. Mais sinon je te rejoins sur ce côté transgressif jubilatoire du film, amenant à un potentiel comique indéniable.

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    1. J'avais remarqué cette influence lorsque j'ai regardé sa filmographie. L'interview qu'il avait donné à Ciné Live lors de la sortie de Mars Attacks m'a ensuite donné raison.
      En tout cas, n'hésite pas à le redécouvrir, surtout que ce n'est pas le genre de film désagréable à revoir.

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  5. Mon préféré avec Edward aux mains d'argent. Mars attacks dégomme à boulets rouges cette merde d'Independence day avec une furiosité que Burton n'a plus depuis. Son casting de stars? Il le dégomme tout au long du film et la dernière majeure est Tom Jones!lol J'adore particulièrement Nicholson parfait dans le rôle du président qui se veut diplomate alors que c'est un gros bourrin qui s'ignore et aussi en homme d'affaire peu scrupuleux (perso ma VHS est enregistrée donc je n'avais pas fait attention mais j'ai vu le passage sur Canalsat et j'ai jubilé!); Tom Jones se ridiculise avec une générosité incroyable; et ne parlons pas de Rod Steiger complètement frappadingue en général qui veut tout faire péter. De plus, le film a très bien vieilli dans l'ensemble.

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    1. Pareil, je le place en haut de ma liste avec aussi Beetlejuice.
      C'est vrai que le film, malgré ses 15 ans, passe comme une lettre à la poste. Je pense que ça tient essentiellement au look du film, volontairement daté dans ses effets.

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    2. Et puis c'est un hommage aux Soucoupes volantes attaquent production phare de Ray Harryhausen. Sans compter la gueule des aliens. En sachant que l'humour n'a pas perdu de son mordant.

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  6. Quel éloge pour ce film jouissif ! Ce n'est pas mon Burton préféré mais je dois avouer que sa critique vitriolée du modèle social américain avait de quoi faire grincer tandis que le troupeau de spectateurs préféraient alors suivre la piste aux étoiles tracée par le teuton Emmerich dans son "ID4".

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    1. C'est vraiment l'anti ID4 pour le coup, même si Emmerich essaye de nous faire croire que ses films sont bourrés d'ironie...

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  7. Je l'ai revu à la TV et je me suis encore bien amusée. Comme quoi Tim Burton nous avait fait un bon cru! A revoir sans modération pour moultes scènes devenues cultes

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    1. D'autant plus plaisant quand on voit ces derniers films. On est bien loin des chefs d'oeuvre qu'il a pu réaliser durant les années 90.

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